• 21 avril 2024 17h58

Miadé Bé Nou

Traditions, Cultures ancestrales et Actualités du Togo, d'Afrique et du Monde

Au Bénin, le culte vaudou veut continuer à vivre

ByAristo

Jan 11, 2023

Au Bénin, le 10 janvier est consacré à la fête du vaudou. Jour férié depuis 30 ans, cette fête des religions endogènes intervient dans un contexte où les Béninois se réapproprient de plus en plus leur culture.

Des milliers d’adeptes se pressent chaque année, au 10e jour du mois de janvier, sur la plage de Ouidah au sud du Bénin, mais aussi à Grand Popo et dans beaucoup de villes et villages du Bénin pour ce jour (férié) de la fête du vaudou. Danses au son des tambours rituels, invocations par les grands-prêtres de leurs esprits tutélaires, scènes de transes…

Ils arrivent en masse des pays voisins, Togo, Nigeria, Ghana, mais aussi du Brésil, des Antilles, des États-Unis depuis 1993, date de son institution comme fête officielle par le président Nicéphore Soglo. L’histoire rapporte qu’Il y a 30 ans, le pays sortait de deux décennies d’un régime marxiste-léniniste sous la férule de Mathieu Kérékou arrivé au pouvoir en 1972 après un coup d’État. Une véritable chasse aux sorcières avait alors été lancée contre les pratiquants de ce culte (vodounon) et leurs adeptes (vodounsi) qui n’épargna pas non plus les catholiques et les musulmans. Le vaudou n’a pas disparu durant ces deux décennies, mais sa pratique demeurait clandestine et dangereuse.

Un dieu proche des gens

Le vaudou est omniprésent au Bénin. C’est surtout dans le sud du pays que l’on trouve, le long des routes et dans des propriétés privées, des couvents où l’on vénère les nombreuses divinités.

Le Bénin rend hommage aux divinités du vaudou

Dans plusieurs localités du Bénin, les populations n’auront pas droit au spectacle des Egungun. Dans une correspondance adressée aux responsables dans les communes concernées, l’Association des Dignitaires des Cultes « Egungun » et « Oro » (ADCEO), a rappelé les circonstances et les occasions au cours desquelles la sortie des « Egungun » est possible.

Hier mardi 10 janvier, interdiction de sortie des Egungun à Allada, Abomey-Calavi, Kpomassè, Ouidah, Toffo, Torri-Bossito et Zè. Selon l’ADCEO, la fête du Vaudou ne fait pas partie des occasions de sortie des Egungun. La correspondance signée du Secrétaire général Bernad Atihounnon a précisé que les « Egungun » ou « Oro » ne sortent que dans les circonstances ci-après :

  • à la mort d’une personne issue de souche Yoruba (sur demande de la famille) ;
  • aux cérémonies propitiatoires « ODUNDUN IRANTI OKUN » communément appelé « EBO EDUN » pour honorer les défunts de chaque famille ;
  • lorsqu’un membre du culte désire célébrer la naissance ou la sortie d’un nouveau né (« Egungun », uniquement).

Par ailleurs, l’article 20 du règlement intérieur de l’ADCEO indique que « toute sortie des « Egungun » de l’ADCEO à l’intérieur ou en dehors de leur territoire ou toute manifestation à caractère général ou national doit requérir l’autorisation du Bureau Directeur, après avis favorable écrit éventuel de la section ou de la sous-section ADCEO du territoire à visiter ».

« Il s’en suit donc que toute sortie d’Egungun le 10 janvier est rigoureusement contraire à notre règlement intérieur et donc strictement interdite », a martelé Bernard Atihounnon.

Mardi, comme tous les 10 janvier au Bénin, c’est la « fête du Vaudou », un moment privilégié par les afrodescendants pour un « retour à la source » sur la terre de leurs ancêtres déportés au temps de la traite négrière.

Le vaudou, appellation locale pour le vaudou, est né dans le royaume du Dahomey, qui recouvrait le Bénin et le Togo actuels, et est encore largement pratiqué, parfois parallèlement au christianisme, dans des villes côtières comme Ouidah dans le sud du Bénin. On en retrouve des expressions dans les Amériques, notamment dans le nord-est du Brésil.

Tesko Aristo est venu « découvrir la fête du Vaudou » pour la N fois, mais son séjour va au-delà. Il est sur les traces de ses ancêtres, partis il y a des siècles de Ouidah, et veut surtout retrouver le culte que pratiquait sa grand-mère maternelle.

Pour y arriver, consultations et sacrifices ont été faits dans un couvent. « Si la chance ne sourit pas cette fois, je reviendrai une autre fois. J’ai besoin de cette reconnexion pour mon épanouissement personnel », confie le touriste à la rédaction, appareil photo et caméra au poing, filmant le moindre mouvement des adeptes sur la plage de Ouidah, jalonnée de monuments commémorant la traite des esclaves.

Non loin se trouve une arche, la « Porte du non-retour », en mémoire de ceux qui, depuis la plage de Ouidah, ont été embarqués sur les navires négriers à destination du Nouveau Monde.

Les célébrations passent par l’hommage de dizaines d’adeptes, tout en blanc et devant l’océan, à Mami Wata, la déesse de la mer, ou encore les regroupements d’adeptes vêtus de tenues colorées assistant aux rituels du « Zangbeto » – des danseurs tourbillonnants habillés en gardiens de la nuit.

« Nos ancêtres ont prévu ce retour à la source des afrodescendants. Ils sont très attendus par les mânes de nos ancêtres », assure en écho Hounnongan Viyèyè Noumazé Gbétoton, dignitaire du culte vaudou à Ouidah.

« Quand ils reviennent, c’est pour prendre des bénédictions et se ressourcer pour aller de l’avant dans leurs projets et activités », appuie le dignitaire, habitué à recevoir chaque année de nombreux descendants d’esclaves dans son couvent pour des cérémonies.

– Tous « reviendront au bercail » –

Gisèle Durand, elle, a passé cette étape. Cette Brésilienne a fini par se reconnecter à sa famille d’origine, la famille d’Almeida du Bénin, et s’en réjouit. Les 10 janvier sont devenus pour elle un grand moment festif pour apprécier chants, danses et célébrations autour du Vaudou.

Comme elle, Alexandra Dupont en est à son deuxième séjour à Ouidah. Cette année, elle est venue s’offrir à la divinité Dan (Serpent). « Toutes les consultations ont révélé que c’était le culte de mes aïeux », sourit-elle, pagne blanc noué à la taille.

Cette jeune Haïtienne de 29 ans projette de s’installer à Ouidah pour se consacrer à plein temps à ce culte. « Dan, c’est le bonheur et il est source de richesse », assure la jeune femme qui jure avoir « enfin retrouvé le bonheur qui (lui) manquait ».

« Notre objectif majeur, c’est que le culte endogène ne s’efface jamais… Tôt au tard, tous les afrodescendants reviendront au bercail. C’est ce que disent nos ancêtres », ajoute Hounnongan Viyèyè Noumazé Gbétoton.

– Un besoin à combler –

Francis Ahouissoussi, sociologue béninois spécialisé dans les questions de religions, considère cet attachement des afrodescendants comme « un besoin naturel qu’ils doivent combler ».

Selon lui, ils « se sentent un peu perdus et sont dans une quête permanente de leur vraie identité ». « La facilité avec laquelle ils abordent la question aujourd’hui résulte d’un long travail de réconciliation pour lequel le vaudou a joué et joue un rôle majeur », relève-t-il aussi.

Quiconque observe Ana Beatriz Akpédjé Almeida esquisser ses pas de danse sur la plage de Ouidah ce 10 janvier est bien tenté de reconnaître la connexion entre elle et les divinités présentes. Pourtant, « c’est la première fois que je viens au Bénin », soutient cette Brésilienne.

« Je n’ai pas de famille ici, mais le seul fait d’être ici m’assure que je suis chez moi. Je reviendrais aussi souvent que je veux pour retrouver les miens », confie pour sa part Chaggy, une Américaine venue elle aussi se « ressourcer » et « chercher les traces de (ses) ancêtres, des esclaves déportés ».

Les étrangers sont peu informés sur les divinités vaudoues ou leur culte et il est interdit aux adeptes de révéler les enseignements du culte. Sur la plage de Ouidah, les adeptes font des offrandes à Mami Wata, mais les non-initiés sont tenus à l’écart des cérémonies. Le secret et le mystère ne sont pas toujours les bienvenus.

By Aristo