• 13 juin 2024 6h26

Miadé Bé Nou

Traditions, Cultures ancestrales et Actualités du Togo, d'Afrique et du Monde

« La limitation des mandats ne garantit pas la démocratie »

ByAristo

Mai 21, 2024

Enième dénégation de Gilbert Bawara
Pour Gilbert Bawara,  » la limitation des mandats qu’ils soient présidentiels ou autres ne garantit pas la démocratie ».

Qu’on se le tienne pour dit. À voir cependant le bien fou que procure justement cette limitation de mandats à certains pays de l’Afrique (et ils sont nombreux), on se demande si le ministre ne fait pas encore profession de dénégation, lui qui en est coutumier. Les arguments de ce chantre du pouvoir à vie envers et contre tous, loin de convaincre, ont toutes les chances de faire l’unanimité contre lui dans un pays qui a soif de limitation de mandats.

Gilbert Bawara, le ministre togolais de la Fonction publique, du travail et du dialogue social, a été interviewé récemment au Point Afrique à Paris. Dans cet entretien publié le 23 avril, le ministre est revenu sur les questions clés qui dominent l’actualité togolaise, notamment la récente adoption de la nouvelle constitution qui fait basculer le Togo dans le régime parlementaire.
Pour le ministre, ce changement de paradigme qui n’est pas du goût de la majorité des citoyens  » procède du constat que la cristallisation autour de la fonction du président de la République, la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme ou d’une seule femme était de nature à fragiliser l’institution étatique ». Gilbert Bawara s’est voulu clair à l’entame de la conversation : « Concrètement, l’État se retrouvait souvent affecté et désarticulé. Elle procède d’une conviction réelle des députés du parti UNIR, qui ont souhaité que nous changions de modèle. Désormais, la magistrature suprême est, selon les termes de la nouvelle Constitution, vidée de sa substance puisque le nouveau président est privé de toute prérogative ».

Cette réforme, à l’en croire « va également nous permettre de sortir des logiques de repli régional et ethnique et les partis vont comprendre que leur avenir dépend de leur implantation sur le territoire national. Cela permet de réduire les tensions et les conflits politiques inutiles. Si au bout de six ans, les Togolais ont le sentiment que ça ne marche pas, ils peuvent désavouer leur Parlement. C’est beaucoup plus honnête, plus loyal, sain et démocratique ». Et de faire des parallèles pas piqués des vers : « Nous tirons aussi les enseignements des événements qui se sont produits dans la sous-région. En 2014, les Burkinabè ont chassé l’ex-président Blaise Compaoré du pouvoir, mais, depuis son départ, le pays en est à son cinquième président, et connaît une déstabilisation sans précédent avec des attaques djihadistes. Les Maliens ont fait partir IBK en 2020, quatre ans plus tard, le pays est plongé dans l’incertitude. Il nous faut sortir de la logique de l’hyperprésidentialisation pour faire émerger des institutions plus ouvertes et fortes ».
Pour le Burkina Faso, le Mali, passe encore. On s’étonne seulement que le ministre ait délibérément fait le choix de ces deux pays, lui qui a sans doute sciemment décidé de ne pas faire allusion à d’autres pays qui ont connu l’alternance sans pour autant basculer dans un cycle infernal de violence. Le ministre choque d’autant plus que l’Afrique regorge de ces exemples qui font son honneur, comparativement à ses exemples censés étayer l’idée qui a sous-tendu cette réforme que continuent de désavouer plus d’un Togolais. C’est bien trop court, est-on tenté de répondre à ce porte-parole-né du gouvernement Gnassingbé.
Bawara aurait pu parler de tous ces pays qui ont connu le vrai développement en raison justement de leur système démocratique basé avant tout sur la limitation de mandats au sommet de l’Etat. Le Sénégal l’a encore prouvé, de fraîche date. N’en lui en déplaise. Que dire de Ghana, Nigeria, Bénin, Côte d’Ivoire, Botswana, Namibie, Zambie, Kenya, pays qui n’a pas maille à partir avec la limitation de mandats, pays où le développement est loin d’être une vue de l’esprit…

Ah, Gilbert Bawara a un exemple : la Tanzanie : « Prenez le cas de la Tanzanie, le Chama cha Mapinduzi de Julius Nyerere est toujours au pouvoir depuis l’indépendance en 1962. Ce qui change, ce sont les hommes et femmes, mais c’est la même politique socialiste qui est appliquée. Est-ce que l’alternative, c’est le changement d’homme ou de femme ou c’est le changement de politique ? Pourquoi voulez-vous que des pays comme les nôtres, au moment où ils sont encore en train de bâtir leurs États, leurs institutions, leurs économies ne tiennent pas compte de ces défis dans leur approche de la démocratie ? ».


Tout n’est certes pas à jeter par-dessus bord dans l’argument de Gilbert Bawara, mais comment lui faire comprendre qu’en Tanzanie, la famille Nyerere n’a pas fait 58 ans au pouvoir comme au Togo, et que même si le parti de Julius Nyerere est au pouvoir depuis l’indépendance, le niveau de développement de ce pays n’a rien à voir avec celui d’un Togo que lui et la minorité dont il fait partie ont travaillé à rendre plus pauvre qu’il ne l’était déjà ? Analyser la vie sociopolitique togolaise par le petit bout de la lorgnette est le propre de Bawara.

Source: Journal « Le Correcteur », Sodoli KOUDOAGBO

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