• 18 mai 2024 8h58

Miadé Bé Nou

Traditions, Cultures ancestrales et Actualités du Togo, d'Afrique et du Monde

Au commencement était le Fâ: Comment nettoyer son « Fâ » selon la tradition

ByAristo

Fév 13, 2022

Legba est un monde. Toute famille doit en avoir un (houe-legba), tout bokonon (Fa-legba), toute communauté (to-legba). « Celui qui n’en a pas, c’est que les hommes ne le comptent pas parmi les hommes au sein du royaume », m’a souvent répété Constant.


Dieu du passage et de la transmission, sorte d’Hermès vaudou, il protège son propriétaire, non pas avec des pouvoirs magiques, mais en l’avertissant en temps utile. Ainsi, Legba peut éveiller son gardien pendant les songes : quand un danger est imminent, il prévient immédiatement celui qui l’honore périodiquement, lui montrant en rêve les ennemis qui s’apprêtent à l’attaquer ou les voleurs qui préparent leur larcin. Une fois que le danger a été annoncé, il faut s’en prémunir par des moyens humains et par une divination Fa. Selon un modus operandi très classique, le chef de famille devra alors prendre une bille végétale, la placer un soir sous son oreiller et la garder toute la nuit sans avoir de rapport sexuel ni dormir avec qui que ce soit. La bille va ainsi se charger des informations de sa vie d’avant, de ses pensées présentes et de sa vie d’après. Cette bille, il faudra la rapporter au bokonon qui va la questionner. Comparable aux chaman d’autres contextes chronoculturels, lui seul saura traduire cette connaissance, dire d’où vient l’attaque, qui la commande et comment y parer.

”La Géomancie est la science intuitive et divinatoire la plus ancienne du monde. Elle est aussi vieille que l’astrologie. Trois mille ans avant notre ère, l’empereur chinois FOHI écrivait un ouvrage :le VHI KING dans lequel il étudia, entre autres, les significations des soixante quatre figures obtenues en combinant six lignes de un ou deux points. Étant déjà parfaitement connue à cette époque, on peut assurer que la Géomancie a plus de cinq mille ans d’existence”

“Ce que nous savons par ailleurs, de l’introduction des sciences divinatoires à fondement arithmétique, de la numérique mystique ou des connaissances relatives à la “personnalité” des nombres dans le monde arabe laisse penser que la Géomancie fut portée par ce courant et qu’elle en fait partie, corrélativement à la propagation de l’Islam, c’est-à-dire dès le VIIè siècle ; mais surtout à partir du VIIIè siècle, un effort d’information considérable fut fait et un très grand nombre d’ouvrages indiens, grecs ou méditerranéen furent traduits en arabe.

Le monde musulman assimila ainsi, puis développa les travaux d’origine sumérienne et égyptienne, auxquels nous sommes redevables des nombres entiers, puis rationnels et irrationnels et des opérations élémentaires sur les nombres, ainsi que d’autres travaux plus théoriques d’origine grecque particulièrement le pythagorisme et ses produits babyloniens et indiens”.

Ce qui semble absolument juste, car si la Bible fait mention de la science des nombres, (Apoc.13, verset 17-18 et Apoc. 17 verset 9), c’est que cette science est parfaitement connue à cette époque antérieure à notre ère. Cependant, une refloraison de cette science a eu lieu, à l’ époque du grand développement culturel qui a surgi au levant (Moyen orient) au Vlll ème et au IX ème siècle de notre ère.

Fa est l’un des systèmes de divination pratiqués en Afrique occidentale, notamment au Nigéria, au Bénin et au Togo. Ce système de divination est constitué d’un ensemble de signes appelés Du, graphiquement exprimés en deux ensembles de traits parallèles et verticaux transcrits et lisibles de droite vers la gauche sur quatre colonnes. Le Boknn, Prêtre de Fa, interprète les Fa Du (divisions de Fa) par l’intermédiaire de la chaîne divinatoire, faite en corde ou en métal. Il y a au total 16 Fa Du cardinaux desquels dérivent 240 autres, ramenant ainsi le total à 256.

Le Fa han est un chant poétique représentant une figure de rhétorique sustentée par une vision poétique qui en régente le rythme. Il est vrai que les liens mythiques de consubstantialité entre la poésie et la chanson sont connus : c’est le credo de la musique poétique. Mais en quoi consiste la poéticité du Fa han ?

A l’instar de tout poème, le Fa han de Tula-do-lo-gbe dévoile une ontologie grâce à un univers particulier fait d’êtres en quête de position. Ces derniers, dans le poème, sont suggérés grâce au potentiel poétique du créateur.

Le Fa han est un poème chanté. Fa en tant que système divinatoire, relève du domaine de l’oralité. En supposant que le Fa han est une pièce poétique, on sous-entend la poésie orale. Celle-ci, quant à elle, présuppose l’élection de la voix. L’essentiel alors est « de savoir en quoi une voix peut être dite poétique, et pourquoi l’on est fondé à parler de poésie orale » ?

Interprétation du Fa


La géomancie, telle qu’elle est pratiquée au Bénin, et plus particulièrement dans cette région de l’Afrique, contrairement à la méthode européenne, met immédiatement à la disposition des bokonons, tous les moyens pratiques d’action occulte.
A chaque signe correspont des divinités (dieux ou fétiches) précises auxquelles il faut s’adresser, s’agissant des cérémonies, prières, sacrifices (vôssissas ou adras).
De même, chaque signe a ses correspondances élémentaires particulières : perles, roches, feuilles ou plantes, en un mot tous les éléments devant entrer dans les compositions cérémoniales, rituelles ou sacrificielles.

Les combinaisons


A chaque combinaison correspond des vers (« éssé» en yoruba) qui racontent une histoire mythologique, un conte, une chanson, un proverbe, une devinette… sur lesquels le devin va se baser pour réaliser son interprétation.

La tradition affirme qu’il y aurait 16 vers par combinaison odu/dou du Fa, ce qui fait au total un corpus conséquent de plus de 4096 vers. En d’autres termes lorsqu’une question est posée à un babalawo (devin), il existe 4096 réponses possibles, soit autant de poèmes qui devront être interprétés par le devin pour donner une réponse. Un bon devin est supposé en avoir mémorisé le plus possible.

Il est cependant admis qu’il est possible de tirer l’Ifa et de réaliser des prédictions correctes en ne connaissant que quatre vers essentiels par odu/dou. Les consultants peuvent demander une divination du Fa pour des raisons diverses et variées : se faire prédire son avenir, connaître le sort de proches passés dans l’au-delà ou trouver une solution à un souci de santé, un manque d’argent, un conflit, des problèmes conjugaux. La divination d’Ifa était anciennement utilisée avant chaque prise de décision importante.

Selon la légende, Oluda, le premier roi (Oni) d’Ifa eut seize fils qui fondèrent les seize royaumes yorubas. Orunmila apprit l’art de la divination aux seize fils qui la transmirent à leurs successeurs les Babalawos (les devins ou prêtres d’Ifa). Le seize représente les seize possibilités de vie humaine. Ces seize principes appelés Odu ou Oladu, eurent à leur tour seize fils chacun représentant ainsi 256 possibilités de vie humaine. Chaque possibilité (odu) possède seize poèmes (ese) qui transmettent des indices pour les séances de divination, ce qui donne finalement 4096 scénarii possibles.

Est-ce à dire que seul le Bokono peut donner le Fa ?


D’abord lorsqu’on parle de tradition, je veux qu’on s’entende sur le fait qu’il s’agit bien de la tradition évolutive. Un guérisseur traditionnel doit consulter le Fa avant de traiter n’importe quelle maladie avec les feuilles. Le Fa peut lui dire OUI comme il peut dire NON.

Quelqu’un peut attraper une maladie des suites d’une malédiction ou parce qu’il a été incorrect avec une personne âgée. Dans le premier cas, des feuilles peuvent le guérir. Mais dans le second cas, seul un repenti sincère peut le guérir. C’est le Fa qui détermine tout cela. Je vous donne l’exemple d’un jeune homme qui s’est rendu chez un guérisseur traditionnel parce qu’il avait des maux de tête. Après avoir consulté le Fa, le guérisseur lui a dit qu’aucun médicament ne peut le guérir.

Tout ce qu’il a à faire, c’est de retourner à la maison demander pardon à sa mère qu’il a offensée, ou alors il ne guérira jamais. Aucun vodounno ne peut installer son vodoun sans consulter le Fa. Vodoun est composé de deux mots : le Vau qui signifie le Fètomè, la maison de Dieu et le Edou qui qui signifie Fa, dans le langage Evé. Le vodounno consulte donc le Fa qui lui dit le signe sous lequel il doit installer son vodoun. Les vodounno et les guérisseurs traditionnels ne peuvent donc exercer sans consulter au préalable le Fa.

Y a-t-il des femmes Bokonons ?


Oui, mais elles sont en nombre très réduit. Ceci parce qu’il y a des endroits où une femme en âge de procréer ne peut aller. Lorsque vous mettez les pieds dans ces milieux, vous n’aurez plus jamais d’enfants. Il y a des choses que la femme en période de menstruation ne doit pas faire. C’est pour cette raison qu’on exige que la femme atteigne un certain âge avant d’être Bokonon. Mais la femme peut prendre le Fâ. Elle peut aller dans la forêt de Fâ et connaître son Dou.

L’avenir
Le Fa aide l’homme auquel il se reflète à mieux se comprendre et entrevoir le destin au travers d’une vision plus lumineuse. Ce qui pourrait l’aider à agir sur tous les plans avec plus de sciences, d’efficacité et de sagesse.

A la grande noce des civilisations, que laisse présager la nouvelle ère au début de laquelle nous sommes, l’Afrique des traditions ésotériques aura beaucoup à apporter l’humanité. Au stade actuel de l’évolution de l’humanité, l’homme a besoin de savoir pour agir et le Fa est la seule science divinatoire actuelle pouvant révéler l’avenir tout en se proposant d’aider l’homme à y faire face par des moyens appropriés.
Par le Fa et à travers le Fa s’ouvrent à l’homme de nouvelles perspectives, il peut sinon changer son destin ou du moins le modifier dans le sens du mieux pour mieux se connaître et mieux s’assumer.

A-t-on forcément besoin de prédire l’avenir ?

On ne peut pas naviguer à vue. Il faut prévoir l’avenir. Aujourd’hui, on fait des prévisions dans les domaines scientifique, climatique et autres. Même dans les cinquante prochaines années, il faut connaître l’avenir afin de prendre les mesures qui s’imposent.

La rédaction

By Aristo