• 13 juin 2024 12h38

Miadé Bé Nou

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« La dote » au Bénin: Pourquoi c’est dans la nuit profonde ?

ByAristo

Fév 7, 2022

Ancienne tradition africaine, la dot est un lot de présents que le futur époux, représenté par ses proches (famille et amis) va offrir à la famille de la future épouse pour demander sa main. C’est l’ultime pas que doit faire le futur époux à l’endroit de la famille de sa bien-aimée afin d’y être accepté comme un membre à part entière. Loin d’être un moyen par lequel il achète sa femme, la dot est le geste symbolique par lequel il remercie la belle-famille pour avoir donné naissance, éduqué et si bien entretenu sa dulcinée. Voilà pourquoi en Afrique, c’est un acte de grandeur qui fait honneur et rend sa dignité à la femme.


Au Bénin et avant notre époque, la dot faisait office de mariage coutumier. C’est toujours le cas dans le fond mais elle est beaucoup plus perçue de nos jours comme le premier pas vers le mariage proprement dit soit devant les autorités administratives (mariage civil), devant les autorités religieuses (mariage religieux), soit les deux options consécutivement… C’est la version africaine des fiançailles occidentales.

L’instant d’une cérémonie de dot au Bénin …

Jeudi 03 février 2022 dans la maison Tomagnankodo au quartier Wèdjè à Kinta dans la commune d’Agbagnizoun: nuit normale dirait-on pour qui n’est pas au courant de la bonne nouvelle. En effet, cette nuit a commencé comme toutes les autres avant elle : petite rosé du soir typique de cette saison… Mais cette maison d’habitude silencieuse grouille de monde. La raison de cette effervescence n’est autre que l’événement qui se prépare. En effet, les femmes et les jeunes filles se murmurent que la fille là de la famille, reçoit sa dot. Mais tout le monde n’a pas cette information.

La famille de la fille ne garde pas donc le secret aux villageois jusqu’à l’arrivée du cortège nuptial. La maison est balayée, rangée. A la cuisine, des dames s’affairent pour cuisiner des mets dont les saveurs embaument déjà l’air alentour. Des chaises et bancs sont alignées, attendant l’arrivée des invités. L’effervescence est à son paroxysme.

L’acte de prestige symbolique

Vers 17h : dans la maison, tout est fin prêt. L’heureuse du jour est introuvable depuis quelques heures. Et pour cause ! Elle se prépare à accueillir la famille de son futur époux. Tout se jouera dans quelques instants. Sa famille peut accepter la dot comme elle peut la refuser. Tant que la cérémonie n’est pas finie, le stress est au rendez-vous !

Dans cette soirée dans la famille Tomagnankodo donc, les valises et autres emballages apportés par le prétendant fille ont été déjà déballés. Tout le nécessaire y était. La famille du marié s’est même surpassée. Elle a offert plus qu’on n’exigeait d’elle. Elle l’explique par la reconnaissance à la famille de la mariée qui a su donner une bonne éducation à sa fille. On retrouve des liqueurs, de la cola, des pagnes de qualités, des enveloppes financières, des boissons, des ustensiles de cuisine, tout pour la beauté de la femme, et bien sûr, le sel, élément incontournable dans la dot. « La femme est le sel du foyer, elle apporte du goût à la vie de l’homme » nous dit Mireille T. pour expliquer la présence du sel dans la liste de dot.

Le OUI de la dotée, une phase capitale

Vers 22h30 : la famille du marié, demande à voir leur « épouse ». Une première jeune fille sort, mais elle est refusée. Ce n’est pas la bonne. En effet, selon la tradition, avant que la famille n’envoie l’heureuse du jour, elle fait sortir deux jeunes filles ayant la même corpulence que la mariée. La famille du prétendant doit pouvoir distinguer s’il s’agit de la femme convoitée ou non sous peine de représailles si elle commettait l’erreur de choisir la mauvaise jeune fille. Pour que la vraie mariée sorte, la famille du prétendant doit offrir de l’argent à chaque sortie des fausses mariées pour ‘’payer le voyage en avion’’ de celle-ci.

Vers 22h45 : La mariée, richement habillée, bien parée sort, la tête revêtue des mèches. La famille de son fiancée l’ayant reconnue pousse des exclamations de joie suivies de chants, des éloges de son patronyme, des panégyriques de ses ancêtres. Elle fait le tour pour saluer les invités et membres de la famille. Des billets de banque pleuvent sur son passage. Les visages rayonnent, celui de la mariée illumine l’assistance. Son voile enlevé, on sent le stress de la famille du prétendant. En effet c’est l’heure décisive. Le chef de la famille Tamagnankodo demandera dans quelques instants à sa fille si elle reconnait les personnes qui sont venues avec des cadeaux pour demander sa main. Sa réponse peut faire arrêter toutes ces manifestations comme elle peut rendre la fête plus belle.

Vers 23h10 : La question est posée à la mariée. A genoux au milieu de l’assistance, elle salue les invités mais garde un moment de silence. On lit sur les visages l’attente, l’impatience. Le moment est solennel. Le chef de famille reprend une seconde fois la question. Et là, on entend le « OUI » de la mariée qui retentit dans ce silence. Le hourra qui l’accompagne fait retomber d’un seul coup la tension sur les épaules des uns et des autres. La fête peut bien commencer maintenant. Elle est désormais mariée selon la coutume.

Et c’est là tout l’esprit de la dot au Bénin. Le stress, les dépenses, l’impatience mais surtout la joie ; la joie d’un nouveau couple qui se forme, la joie de deux familles qui s’unissent. Une joie que beaucoup de filles du village espèrent ressentir bientôt. Les avis divergent, des langues se délient, les uns applaudissent, les autres fustigent la chose.

Malgré toutes les interprétations dont elle fait l’objet, la dot reste et demeure un symbole important et un honneur pour la femme qui aspire au mariage au Bénin.

Vers 1h30: Les deux familles dans une réjouissance et se partagent des repas sous les chants des femmes.

Tesko Aristo Zowadan

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