• 21 avril 2024 14h39

Miadé Bé Nou

Traditions, Cultures ancestrales et Actualités du Togo, d'Afrique et du Monde

Pourquoi les faux démocrates d’aujourd’hui sont les alliés des putschistes de demain

ByAristo

Août 21, 2023

Mohamed Bazoum refuse toujours de démissionner, tandis que la Cedeao se tient prête à intervenir militairement pour le secourir.

Tombera-t-il ou pas ? Dans tous les cas, il devra s’interroger sur les raisons profondes de ce putsch, dont la première : pourquoi si peu de soutiens nigériens à la démocratie nigérienne ?

Mohamed Bazoum s’imaginait-il, moins de trois ans après son élection, mobiliser autant les foules contre lui ? Ce 6 août, en plein cœur de Niamey, plus de 30 000 Nigériens se sont rassemblés pour soutenir les putschistes du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) et, du même coup, sommer à grands cris le chef de l’État, retenu en otage depuis le 26 juillet, de démissionner.

Professeur de philosophie, adepte des penseurs du communisme, Mohamed Bazoum le sait : les foules sont dangereuses, imprévisibles, parfois ingrates. Mais les images, qui ont pu lui parvenir malgré son isolement, n’en sont pas moins dures à encaisser pour un homme politique, par essence attaché à son image.                                                                                                                                                                          Dans le réduit de la résidence présidentielle qui lui sert aujourd’hui de geôle, peut-être Mohamed Bazoum ressasse-t-il les écrits de Marx, qui décrivait en son temps les foules comme des multitudes paupérisées qui, lorsqu’elles prennent conscience de leur aliénation, deviennent les classes sociales capables de changer l’Histoire.

Cette théorie s’applique-t-elle au Niger ? Même dans la frondeuse Niamey, l’argument financier a, comme souvent, joué à plein dans ces manifestations pro-junte, les putschistes n’ayant pas hésité à puiser dans les maigres caisses d’un État sous sanctions pour s’assurer des soutiens. Les partisans de Mohamed Bazoum, qui tentent toujours de résister, n’ont d’ailleurs cessé de le répéter.

« Pourquoi irais-je me battre pour la démocratie ? »

Mais le mal n’est-il pas plus profond ? Il y a quelques jours encore, un de nos interlocuteurs, interrogé sur le peu d’empressement des Nigériens à sortir dans la rue pour protester contre la confiscation de la démocratie, répondait ainsi, en termes moins policés : « Pourquoi irais-je me battre pour la démocratie ? Tout ce qu’on en connaît, c’est la corruption, le népotisme, le favoritisme, les détournements de fonds… » Ce Nigérien a 28 ans. Diplômé de l’université, il n’a pas vécu la vague de démocratisation des années 1990. Il n’a connu, adulte, qu’un seul pouvoir : celui du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), de Mahamadou Issoufou, entre 2011 et 2021, et de Mohamed Bazoum. Pour lui, comme pour tant d’autres, la démocratie est avant tout le régime des promesses non-tenues et d’une définition  un gouverne[1]ment du peuple, par le peuple et pour le peuple  qui n’a que (très) peu à voir avec la réalité.

S’il est loin d’avoir été le pire exemple dans la région ouest-africaine et, au-delà, sur le continent, le PNDS a, durant ses années au pouvoir, utilisé certaines lois à sa guise, fait arrêter des opposants, maltraiter la société civile et, surtout, a profité de sa position pour enrichir certains de ses cadres. D’obédience socialiste  une idéologie censée être tournée vers la répartition des richesses et le bien-être du peuple , il n’a certainement pas fait pire que d’autres  loin de là, sous d’autres cieux.

IBK, Alpha et les autres Mais il n’a pas fait mieux. Échouant  malgré une volonté que peu oseraient nier  à donner à la démocratie nigérienne ses lettres de noblesse, Mohamed Bazoum l’a payé au prix fort, et ce même si la Cedeao parvenait à le rétablir dans ses fonctions. D’autres avant lui ont bu ce calice jusqu’à la lie. Au Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, un autre socialiste, est tombé après des élections contestées et des arrestations d’opposants. Alpha Condé a, quant à lui, été bouté hors de son palais après avoir tenté de décrocher un troisième mandat, en maltraitant au passage la Constitution. Chaque fois, peu de voix se sont élevées pour les soutenir, une partie importante de la population se rangeant par défaut derrière leurs tombeurs putschistes.

D’autres présidents, comme le Camerounais Paul Biya  prêt à partir à l’assaut d’un huitième mandat , ont mieux verrouillé leur armée et se sont mis, a priori, à l’abri de coups d’État militaires. Ils se réfugient cependant dans une tour d’ivoire du haut de laquelle il leur est plus facile d’ignorer les foules. Mohamed Bazoum n’en était pas arrivé à ces extrémités. Au milieu de son premier mandat, il semblait sincère dans sa volonté d’apaiser le climat social au Niger. A-t-il agi suffisamment vite et puissamment en ce sens ? Pour ne pas avoir réussi à mettre en place un régime et une administration tournés vers le service du peuple et non vers la satisfaction de ses propres intérêts, il pourrait voir son nom s’ajouter à la longue liste des victimes des putschs, sacrifiées sur l’autel d’une démocratie inachevée. Avant que d’autres ne le rejoignent ?

Source : Jeuneafrique

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