• 13 juin 2024 7h56

Miadé Bé Nou

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Retrait du Mali, Burkina Faso et Niger : La CEDEAO victime de ses propres inconséquences 

ByAristo

Fév 8, 2024

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont le 28 janvier 2024 annoncé leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). « Leurs excellences le Capitaine Ibrahim Traoré, le Colonel Assimi Goïta et le Général de brigade Abdourahamane Tiani, respectivement Chefs d’État de la République du Burkina Faso, de la République du Mali et de la République du Niger, prenant toutes leurs responsabilités devant l’histoire et répondant aux attentes, préoccupations et aspirations de leurs populations, décident en toute souveraineté du retrait sans délai du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest », pouvait-on lire dans le communiqué sanctionnant leur rencontre. 

Adieu donc à la Cédéao, et place à l’Alliance des États du Sahel (AES), fruit du pacte dit de défense mutuelle conclu entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso le 16 septembre 2023 aux fins de lutter contre les groupes rebelles ou jihadistes. 

On voit des partisans du Comité de soutien à l’Alliance des Etats du Sahel (AES) une fois au parfum de l’annonce du retrait de l’organisation sous-régionale, applaudir des deux mains cette annonce et brandir une bannière en guise de désapprobation des actions de la Cédéao. Comme tous ces ressortissants du Mali, du Burkina Faso et du Niger qui font chorus quant à ces manifestations de soutien aussi bien sur la toile que dans la rue. 

Stupeur et tremblement 

Si l’annonce a été accueillie avec enthousiasme par tous les panafricanistes (convaincus comme autoproclamés) et autres esprits épris de souverainisme, il y a comme un air de stupeur et de tremblements dans les rangs de la Cédéao. Entre entretiens et initiatives, tout semble mis en place dans les ors de l’organisation pour faire changer de braquet les trois présidents en treillis kaki. C’est dire à quel point la décision est trop préjudiciable pour la Cédéao. Les téléphones d’Alassane Ouattara, Bola Tinubu, Nana Akufo-Addo, Faure Gnassingbé, etc. n’arrêtent pas de tintinnabuler. On se concerte, on discute, on suggère. Les caciques de l’institution ouest-africaine en sont arrivés à chercher la meilleure méthode devant aboutir au retour au sein de ce qui est devenu au fil du temps un syndicat de Chefs d’Etat qui se protègent les uns les autres pour s’éterniser au pouvoir. On sort le grand jeu. Et comme il fallait s’y attendre, Faure Gnassingbé et son porteur d’eau diplomatique Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères, reprennent leurs manteaux de médiateurs. 

Première tentative de médiation : on envoie le Colonel Hodabalo Awaté, ministre togolais de l’Administration territoriale et sa délégation qui, sous prétexte d’effectuer une « visite de travail », vont tenter d’aplanir le sentier avec le Général Salifou Mody, ministre nigérien de la Défense. Tentative tombée à plat. 

On mise désormais sur le sommet extraordinaire à Abuja au Nigeria. Autrement, on s’en remet à une rencontre en marge du prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba des Chefs d’État de la Cédéao. Autant d’initiatives menées au pas de charge pour faire rentrer les trois vilains petits canards sahéliens dans le rang. La Cédéao met les petits plats dans les grands aujourd’hui pour recoller des morceaux qu’elle a elle-même cassés. Cette même Cédéao qui veut prendre langue avec les trois putschistes a dans un passé récent poussé les trois pays où des coups d’Etat sont intervenus jusque dans leurs derniers retranchements. Les sanctions décidées par la CEDEAO, soutenues par la France et les Etats-Unis, assorties d’ultimatum de rétablissement de l’ordre constitutionnel dans chacun de ces pays, ont durablement éprouvé ces derniers. 

La CÉDÉAO rattrapée par son inconséquence 

Contre le Mali, la CEDEAO a décidé, en août 2020, de la fermeture de ses frontières aériennes et terrestres et imposé un embargo sur les échanges financiers et commerciaux, à l’exception des produits de première nécessité. Le Burkina Faso, quant à lui, a été suspendu des instances de l’organisation. En plus de l’interdiction de voyager aux militaires auteurs du coup d’Etat, des sanctions économiques ont coupé le Niger de bon nombre de ses partenaires commerciaux traditionnels, ce qui a aggravé l’insécurité alimentaire dans le pays. 

Que dire de la suspension des transactions financières et commerciales avec le Niger, du gel des avoirs des militaires responsables du coup d’État, de l’interdiction de voyage des officiers militaires impliqués dans le coup d’État ? On peut imaginer à quel point les sanctions économiques sur fond de ralentissement des opérations bancaires ont secoué les pays mis à l’index, comment le gel des avoirs de la République du Niger par les banques centrales de la CEDEAO a anesthésié l’économie du pays. Les marchandises arrivant aux postes-frontières sur les camions des deux côtés (Niger-Nigéria) n’ont pas pu traverser et atteindre leurs destinations, au désarroi des commerçants du nord du Nigeria qui ont dénoncé les conséquences économiques de la fermeture de la frontière avec le Niger, vu les pertes subies. Le manque à gagner, lui, est-on ne peut plus considérable. A titre d’exemple, la fermeture de la frontière avec le Niger, a occasionné environ 13 milliards de nairas de perte chaque semaine. Exception faite d’importants délestages, alors que la Société nigérienne d’électricité (Nigelec, seul fournisseur du pays) achète 70% de l’électricité au Nigéria, selon un rapport de 2022 de cette entreprise. 

Des pays asphyxiés par une Cédéao qui ne prévoit jamais les coups d’Etat, joue les médecins après la mort, n’apprend jamais de ses erreurs, pas plus qu’elle ne prend la pleine mesure des sanctions aux conséquences dramatiques. Loin de redresser les choses, ces punitions malavisées finissent par renforcer les putschistes dans leur résolution de gouverner envers et contre tous.  

Poussés dans leurs derniers retranchements, humiliés par cet embargo, ces pays qui subissent la même infortune n’ont fait que riposter à leur manière. Avec cette rupture, ils trouveraient un moyen de s’épanouir économiquement grâce justement à l’Alliance des États du Sahel. En tout cas, c’est leur ambition. La Cédéao devra se rendre à l’évidence qu’elle ne peut pas frapper les pays tout en leur refusant de pleurer. Elle est victime de ses propres inconséquences. 

Source: Journal “Le Correcteur”,  Sodoli KOUDOAGBO 

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