• 3 octobre 2023 8h39

Miadé Bé Nou

Traditions et Cultures ancestrales du Togo et d'Afrique

Accès universel des soins et accompagnement de la femme enceinte et du nouveau-né au Togo : Les  insuffisances de « Wezou » mises à nu

ByAristo

Août 11, 2023

« Les autorités togolaises doivent s’efforcer d’améliorer l’accès aux soins de santé, en particulier en ce qui concerne la qualité des équipements et des soins dans les centres de santé maternelle ». Telle est la conclusion à laquelle est parvenu Fabien Offner, chercheur au bureau d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, à l’occasion de la Journée de la femme africaine.

Cette déclaration figure dans un rapport mis à la disposition du public le 31 juillet 2023, et dont le contenu est pour le moins sans appel. Après avoir « mené des entre[1]tiens avec 21 personnes, dont 13 patientes, quatre sages-femmes et quatre médecins, dans cinq établissements de santé situés à Lomé, la capitale, et à Aného, une ville du sud-est du Togo, en février et mars 2023 », la délégation d’Amnesty International dit avoir « observé un manque de personnel, des équipements délabrés et une mauvaise qualité des soins ».

« Les services de maternité qui ont été visités manquaient de personnel, d’équipements adéquats et d’infrastructures sanitaires. En conséquence, les quelques sages-femmes employées par ces services avaient beaucoup de mal à faire face à une charge de travail excessive. Trois sages-femmes ont dit à Amnesty International qu’elles sont par[1]fois de garde pendant plus de 15 heures. Selon le Fonds des Nations unies pour la population, le Togo ne compte que deux sages-femmes pour 10, 000 habitantes. Une des responsables d’une organisation des praticiens de la santé au Togo a dit à Amnesty International que le manque de sages-femmes résulte de l’absence de concours de recrutement. De plus, on constate un nombre très restreint de gynécologues dans les hôpitaux publics », peut-on lire dans ce rapport où il y a à boire et à manger.

Quand un centre visité par cette organisation non gouvernementale qui promeut la défense des droits de l’homme ne dispose « que d’une seule table d’accouchement, et que plusieurs appareils et instruments fonctionnaient mal ou étaient défectueux ou en nombre insuffisant, notamment en ce qui concerne les ballons de réanimation, les aspirateurs de mucosités et les ciseaux à épisiotomie » ; quand des « des femmes qui accouchent par terre, sur un matelas, et parfois même sur un simple drap quand il n’y a pas de matelas », quand il y a de vieilles tables d’accouchement « qui sont en mauvais état et moisies », tout est dit.

« Wezou », oui mais…

Mais que n’avons-nous pas entendu au sujet de « Wezou », ce programme national d’accompagnement de la femme enceinte et du nouveau-né baptisé vise à « réduire les taux de mortalité maternelle et néonatale » ! En début de cette année, les autorités nous avaient bassinés avec des chiffres qui défient toute contradiction : 384 332 en sont déjà bénéficiaires, et l’accouchement est payé par l’État à hauteur de 14 720 FCFA. Depuis 30 juin 2023, 384 332 femmes enceintes ont été enrôlées dans le programme Wezou. Le rapport lié au programme fait état d’un millions trois cent seize mille cent treize prestations, deux cent quatre-vingt et un mille sept cent quatre-vingtseize consultations prénatales et cent quarante huit mille deux cent soixante quinze accouchements. Le coût global de ces opérations s’élève à environ 2,1 milliards FCFA. Des résultats « satisfaisants » que tempère pourtant Amnesty International : « En pratique, seuls certains services sont gratuits, et seulement pour les femmes âgées de plus de 18 ans.

Les antibiotiques qui sont souvent prescrits après l’accouche[1]ment ne sont pas couverts par le programme Wezou », indique le rapport, ajoutant : « Si le programme Wezou représente une importante avancée, des améliorations sont encore nécessaires. Amnesty Inter[1]national appelle les autorités togolaises à respecter, protéger et réaliser le droit à la santé, en veillant à ce qu’un personnel médical qualifié suffisant soit disponible pour les patientes. Elles doivent également veiller à ce que les programmes visant à rendre les soins de santé abordables s’adressent à toutes les personnes, sans discrimination, et à consacrer 15 % du budget de l’État au secteur de la santé, conformément aux dispositions de la Déclaration d’Abuja adoptée par l’Union africaine en 2001 ». Pas besoin d’épiloguer sur la question et de se livrer à une bataille de chiffres qui ne changera en rien la vie des femmes togolaises. On le voit bien, Wezou est loin d’être l’alpha et l’oméga et la maternité de la femme togolaise.

Espérons seulement que la recommandation d’Amnesty International trouve un écho favorable auprès du gouvernement : « Les autorités togolaises ont pris des initiatives pour rendre plus abordables les soins de santé maternelle, mais il est essentiel qu’elles mettent en place de nouvelles mesures pour que les femmes enceintes puissent accoucher de façon digne dans des établissements où elles recevront une aide et des soins appropriés ». On ne saurait mieux dire.

Source : Journal « Le Correcteur », Sodoli KOUDOAGBO

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