• 18 mai 2024 20h31

Miadé Bé Nou

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CHU Sylvanus Olympio de Lomé / Plaintes, indignation et désolation : qui pour faire arrêter les dérives ?

ByAristo

Mai 18, 2023

De tous ceux qui sortent du Centre Hospitalier Universitaire Sylvanus Olympio (CHU SO) de Lomé, très rares sont ceux-là qui ne maudissent pas le mauvais sort de les y avoir conduits. Si les proches du patient ne sortent pas les larmes aux yeux de ce grand hôpital, c’est le patient lui-même qui se plaint de tous les désagréments subis pour des raisons diverses.

Hormis quelques avancées observées après l’approche contractuelle des hôpitaux du pays telles qu’une légère amélioration du système sanitaire et de gestion des finances, la disponibilité des médicaments dans les centres contractualisés, l’amélioration d’offres de soins, la progression des chiffres d’affaires ou encore la prise en charge des indigents par les services d’assistance sociale, tout le reste n’est que déception et désolation.

Immersion au cœur du CHU SO

Avant toute chose, il faut tout d’abord saluer particulièrement ces médecins et praticiens hospitaliers qui exercent leurs fonctions avec efficacité et professionnalisme malgré les conditions de travail très difficiles. Sans cette catégorie singulière de personnel soignant, le taux de fréquentation du CHU SO par les patients se serait déjà réduit très considérablement. Hommage à tous ceux-là grâce à qui plusieurs vies humaines sont sauvées tous les jours.

Mais malheureusement, à côté de ceux-ci, se trouvent une grande partie d’agents de santé dont la prestation et la conscience professionnelle restent bien décevantes. Des enquêtes et investigations menées par une équipe de la rédaction au CHU SO de Lomé ont permis de toucher du doigt certaines réalités bien déplorables.

La toute première remarque à faire avant d’aborder les comportements indécents de certains agents de santé est celle du manque criard du personnel soignant en nombre insuffisant. Le ratiopatient/praticien hospitalier excède très largement la capacité du personnel à s’occuper des patients en attente. Aux urgences maladies notamment, on note dans les rangs des patients débarqués à chaque instant un grand nombre de cas graves qui envahissent quelques rares infirmiers stagiaires complètement submergés. Il arrive des moments où un seul stagiaire accueillant les malades est sollicité par une multitude de parents des patients afin de sauver la vie à ces derniers luttant avec la mort, et l’unique praticien hospitalier court dans tous les sens sans jamais pouvoir satisfaire un malade avant de l’abandonner pour un autre, alors que de nouveaux patients ne cessent de faire leur entrée dans la salle. L’effet de la fatigue de ces agents de santé les amène souvent à ne plus pouvoir répondre aux appels pressants des proches des patients dont la vie est pourtant en danger. Ce manque de personnel soignant en nombre insuffisant est un mal présent dans presque tous les départements du CHU SO. Cet état de choses occasionne souvent des dégâts bien fatals et incalculables. Plusieurs patients à bout de souffle, non examinés et soignés à temps perdent leur vie. C’est ainsi qu’on dénombre par jour plusieurs corps qu’on fait sortir les pieds devant sur des lits roulants en direction de la morgue, accompagnés de parents en pleurs. D’autres, fatigués d’attendre, prennent la route des cliniques privées où certains n’arrivent pas avant de perdre leurs proches en cours de route.

Telles sont les conséquences irréparables du grand vide que l’on constate au sein du personnel soignant au CHU SO comme ailleurs, alors que plusieurs diplômés du secteur de la santé traînent sans emploi fixe.

À ce mal, viennent s’ajouter l’état vétuste du matériel soignant et le manque d’équipement des différentes structures du CHU SO, un autre dossier sur lequel nous reviendrons tout prochainement.    

L’autre plus grand mal qui gangrène le CHU SO est la vente frauduleuse des médicaments parfois d’origine douteuse.

En effet, d’après une enquête récente de la Rédaction, plusieurs patients se plaignent du comportement de certains infirmiers et aide-malades qui proposent aux malades ou à leurs proches des produits pharmaceutiques prescrits par euxmêmes. Pour parvenir à leurs fins, ces agents de santé indélicats appellent en aparté leurs victimes à qui ils présentent une ordonnance prescrite par eux-mêmes pour, disent-ils, guérir le malade. Ils sortent ensuite de leur bureau des lots de médicaments qu’ils prennent soins de mentionner dans l’ordonnance et essaient de convaincre leur interlocuteur qu’à la pharmacie, ces produits coûtent plus cher. Les proches des patients craignant que leurs malades ne subissent la colère du personnel soignant toujours solidaire acceptent le marché bon gré, malgré. Les départements où ces genres de pratiques se passent le plus souvent sont les urgences et la maternité.

Mais la question qu’on est en droit de se poser est de savoir d’où viennent ces médicaments que ces agents hospitaliers vendent en catimini aux malades. C’est ici justement que se pose également le problème de vol de médicaments des malades par ces infirmiers, aide-malades et auxiliaires de santé. Aussi plusieurs personnes ayant visité ces lieux se plaignentelles d’être victimes de vol de leurs médicaments destinés à traiter les malades. Il n’est pas ainsi rare de constater que sur certaines ordonnances, l’on retrouve des produits pharmaceutiques sans aucun lien avec le mal dont souffre le malade et ce n’est souvent pas par ignorance.

Selon nos enquêtes, il se révèle par ailleurs que certains patients introduits au service de pneumo-phtisiologie par exemple sont également victimes d’une pratique qui s’apparente à une arnaque. Ainsi, un agent de santé censé aider le médecin lors des opérations de fibroscopie bronchique se permet le plus souvent de harceler les patients ou leurs proches à qui il demande de lui remettre de l’argent pour s’occuper lui-même de l’achat du matériel contenu dans l’ordonnance pour fibroscopie. De nos recoupements, il ressort que l’argent réclamé pour l’achat de ce que contient l’ordonnance dépasse largement la somme des prix fixés par la pharmacie.

Ces écarts de comportement graves et indélicatesses répréhensibles de la part de certains agents de santé causent assez de préjudices à l’égard des pauvres populations déjà dépassées par les problèmes de santé qui les obligent à se rendre au CHU.                                                                                                Nous ne saurons boucler cette première partie du dossier sans évoquer la lenteur de certains laboratoires qui sortent très tardivement les résultats d’analyse. Et parfois, le malade souffrant attend en vain le diagnostic de son mal pour pouvoir se faire soigner. D’autres finissent par rendre l’âme avant que le laboratoire ne fasse sortir les résultats d’analyse.

Triste sort ! L’écho du bloc opératoire et tous ses dégâts feront l’objet de nos prochains coups de projecteur dans nos colonnes.

Source : Journal « Le Correcteur »,  Joachin S.

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